7h20 du matin, le taxi m'amène vers ma nouvelle vie. Le chauffeur me dit que ma petite fille a une maman mucha linda, il ne sait pas que je me suis pomponnée pdt ce qu'il m'a semblé des heures. Pablito est un homme trés gentil. Cette démonstration d'affection me fait monter les larmes aux yeux. Il m'en faut peu pour déborder. Inspirer...expirer...on se calme...si je laisse déborder cette lame d'émotion, je ne pourrai plus la contenir.
Quelques kilomètres en taxi. Ici, on n'a pas attendu le "grenelle de l'environnement" pour être écolo. La majorité des Colombiens prennent leur "yellow cab" ou des bus dont certains ont les 2 tuyaux d'échappements qui montent à la verticale sur toute la hauteur du bus, un peu comme les supers poids lourds américains.
On passe prendre Olga Lucia. Une superbe rousse qui est mon contact et qui parle français ce qui fait du bien.
Arrivée au Bienestar familiar. Le défenseur de famille me salue, il a le sourire, cela me rassure. D'abord entretien en Espagnol avec lui, l'assistante sociale et Olga qui peut me traduire. Le dossier n'est pas ce que l'on m'avait dit au départ. Ma fille a souffert. Certaines personnes en ce monde traitent les enfants comme des animaux. On me parle de malnutrition chronique, de taille plus petite que la normale, je crois que je n'entend pas tout...je veux seulement la voir comme une femme qui accouche veut compter les doigts et orteils de son enfant. On me dit qu'Ana est contente, elle a été malade ces derniers jours mais probablement lié avec la peur. Les photos que l'on envoie à l'ICBF sont importantes. Je leur avais fait parvenir des photos de St Jean de Luz et, à priori, les photos de la mer, de ma maison, de mes animaux et de "maman au travail" ( merci Jean-Louis) ont été appréciées.
Le défenseur familiar quitte la pièce. Juste le temps de mettre en route la caméra et ma fille déboule derrière un bouquet de fleurs. Pourquoi imaginer avant comment va se passer la rencontre. Cela dépend de son enfant. Je l'ai laissé faire. J'étais tétanisée, cela allait trop vite.
Quel bonheur!!!! Une rencontre belle car tout en simplicité: ma fille s'est jetté dans mes bras. Exprimer ce que l'on ressent lorsque ce petit corps chaud se colle à moi et que ses bras enlacent mon cou...





avis aux amateurs ma princesse a décidé de nommer son ours Nicolas...elle n'en démors pas...
L'entretien avec ma fille se déroule. On se découvre du regard, du sourire, elle essaie de me toucher. Elle m'appelle Madame...Elle vient avec rien de sa vie antérieure, aucun sac, aucun objet, rien de ses 9 années passées. Je ne peux rien pour ton passé, Ana, mais je te jure que l'avenir sera meilleur...
La petite se détend. Voici des photos de la fin de l'entretien.



Après l'ICBF, une petite ballade pour détendre tout ce beau petit monde.
Départ pour "el centro comercial" où Ana espère sa glace. Elle en est toute barbouillée, cela n'a pas l'air si mauvais que ça. Les "señora" alternent avec "mami" (petite maman). Je ne dis rien, j'avale, c'est bon.
Puis vient le temps des achats de vêtements. A mon avis, la mère Sevilla va pouvoir en faire des gardes!!! J'ai une vraie nana, qui ne voit que par le rose!!!! Elle est toute excitée, nous pourrions acheter le magasin qu'elle trouverait encore autre chose à son goût. Ma fille a du caractère. Elle sait ce qu'elle veut, c'est elle qui choisit, et pour une fois dans ma vie je me sens un peu dépassée.
Quelques heures plus tard:
Ma fille est un vrai tourbillon, un raz de marais. Adieu la vie bien rangée, les habitudes, le silence d'une vie de célibataire. C'est dingue mais je n'arrive pas à la crever. Après le centre commercial, retour en taxi jusqu'à l'hotel où Ana s'endort dans mes bras. A l'entrée de l'hotel, la réception demande à Ana son nom et de faire une signature sur le registre. Je ne dis rien. Mon petit bout, sans hésitation dit qu'elle s'appelle Ana Sevilla et écrit son prénom et son nouveau nom de famille sans hésitation. Alors là, je sais que c'est con, mais rien n'empêche le menton de se lever, de regarder bien droit dans les yeux la réceptionniste avec un sentiment de fierté énorme de l'air de dire "et bien quoi, c'est ma fille". J'ai un sourire béat. Oui, maintenant je suis maman.
Entrée dans la chambre. Elle découvre ses jouets.
Tout premier appel pour tìa Tonita. Je sais qu'elle est restée brancher sur skype toute la journée. J'avais hâte qu'elle voit sa filleule. A ma Tonita, cette adoption tu m'as aidé à la porter à bout de bras. Je t'aime ma grande. Deuxième appel pour tonton David. La petite découvre au fur et à mesure ses oncles et tantes. Aucune nouvelle de ma vraie famille mais une famille de coeur oh combien présente et aimante. Je ne vous remercierai jamais assez.
Ce qui impressionne le plus ma fille c'est sa trousse de toilette. Oui, la blondasse Barbie se fait dépasser par un schampoing cheveux, c'est pas beau çà!!!
Le fait d'avoir ses propres affaires, son petit parfum, sa crème, à l'air très important pour elle. J'ai droit a des cris de joie, elle se lance sur moi et je la réceptionne au vol. Que c'est bon ces moments, les mamans me comprendront.
Bref, le plus important pour ma fille est que nous prenions une douche ensemble. Moments d'affection, de jeux, de découverte de l'autre, de peaux qui se frôlent, de partage d'odeurs.
Moments de calinoux sur le lit. Elle a entendu parler de la neige dans ma dernière lettre, elle ne connait pas. Elle me demande si je l'emmenerai au ski, quand nous rentrerons en France. A la date j'ai droit à des Ouais de joie, pour le ski, elle me prend par la taille et se serre contre moi.
Après, c'est un après-midi de folie. Je suis crevée, elle est infatigable. Le restau, les boutiques, la ballade, le toboggan, la balançoire, la visite des terrains de sport, la séance coloriage, le jeux des 7 familles et j'en passe et des meilleures, le mère Sevilla n'en peut plus. Ana ne sait pas rester seule. Dès que je suis dans une autre pièce elle m'appelle. Elle me traduit les choses, on essait de se comprendre, au restau c'est elle qui passe la commande, les gens se marrent.
Pour les photos elle prend des poses, elle est passionnée par le maquillage. Alors là, la mère sevilla, en plus du souffre sur la clôture, va acheter una escopeta. Avis au premier boutonneux en mobylette qui vient rôder autour de la maison: c'est du gros sel dans les fesses!!!!
Cette première journée vient de passer. Ma fille dort. Je ne vais pas tarder à la rejoindre mais je voulais vous donner des nouvelles et vous faire mille bisous. Vos messages me touchent et les larmes refoulées devant ma fille ne sont pas loin à la lecture de vos messages. Merci pour tant d'amitié. Je vous embrasse fort.




J'ai tourné-viré toute la nuit. 4 heures 30 du matin et je finis par me lever. Je vous écrit, cela fait du bien.
J'ai un espèce de poids sur le ventre, pas des contractions, non,je ne vais pas accoucher (physiquement s'entend). Les heures s'égrenent, quelques heures encore avant toi.
Comme toute les futures maman, j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Je crois que l'on verra au jour le jour. Entre parenthèse, toujours pas de nouvelle de la mienne.
Pas mal d'émotion aujourd'hui je crois...
La prochaine fois que je vous écrirai, j'aurai ma puce à mes côtés.
Je vous souhaite une magnifique journée.
Ce matin, réveillée à 5 heures par une symphonie d'oiseaux. Il fait jour. La terrasse privée de ma chambre donne directement sur le golf. Bonheur de se détendre dans cette quiétude. Petit déj qui ressemble à ceux que je prennais lorsque je travaillais en Martinique: jus de fruit ou fruits frais type goyave, mangue, papaye... Les jardins sont une explosion de couleurs. Je retrouve les palmiers du voyageur, multitudes de fleurs délicates rouges, oranges, violettes...
Ce matin, 8 heures, il fait 26 degrès. Petit tour du propriétaire: immense golf avec magnifique parc, terrain de sport où j'ai pû reprendre mon jogging matinal, plusieurs terrains de tennis, squach...piscine en réparation. Bref, petit paradis. Je commence à repérer les terrains de jeux pour Ana. La mère Sevilla va être une pro de la balançoire...
La journée paraît longue, personne pour parler, personne ne comprenant le français, Grey's Anatomy en amerloc si je cherche autre chose que de l'espagnol. Bref, une petite découverte solo de la ciudad s'impose.
Maisons très sympas découvertes au hasard des rues. J'entend de la musique...un groupe d'hommes et de femmes chantant dehors des chants semble-t-il traditionnel. Ici tout a un air de fête. Petits bars tipicos où les gens sont attablés devant une cerveza fresca, j'attend demain pour aller m'en boire une avec ma fille...pour elle une zumito de naranja...ma fille...que ce mot est doux...
Les gens sont ici très accueillants et chaleureux; toujours un mot gentil.
Les endroits typiques sont mélangés avec des endroits très américains. Ainsi le centre commercial ressemble à ces immenses môles que l'on trouve aux US. Par contre à l'intérieur, il y a multes bars, même à l'intérieur d'une grande surface entre le rayon légumes et fromage...
J'ai recraqué. Une petite poupée Barbie pour Ana. J'ai du mal à réaliser que c'est demain. J'ai l'impression que cela arrive à quelqu'un d'autre. Je lui ai pris des ballons que je vais gonfler ce soir pour que cela fasse plus fête lorsqu'elle rentrera dans cette chambre d'hôtel. Pour que cela soit plus personnalisé, je lui ai mis son doudou sur le lit et vais disposer des bonbons. Un homme faisant ses courses avec sa femme me pose une question. Mon accent l'intrigue. Il me demande d'où je viens. Quand je répond la France, j'ai droit à un bon serrage de main, son nom et prénom, l'appel de se femme pour voir una francesa et m'interroger sur qu'elle partie de la france j'habite. Il me demande si je suis Catalane et se marre quand je lui dis Basque, il faut croire que j'y ai mis pas mal de conviction.
Retour à l'hotel à pieds. A nouveau de la musique. C'est une église. En fait un toit, un mur avec une croix et les trois autres côtés sont des espaces completement ouverts avec du fer forgé. On entend la musique, plutôt gaie de loin. Ce premier contact avec ce pays me plaît.
Il pleut. Une pluie fine et douce qui est agréable avec la chaleur. Les fleurs exhalent leur parfum.
Je vis mes derniers moments de solitude. Je pourrais être angoissé, paniqué à l'idée de ne pas avoir réfléchi aux différents principes d'éducation que je voudrais donner, je ne sais pas comment je vais me présenter demain... L'émotion est là car les larmes de temps en temps affluent, mais on inspire bien fort et cela part. Je commence une nouvelle vie, et cette partie d'inconnu va être mon plus beau défi.
Je vais essayer de dormir un peu. Je voudrais que ma fille me trouve belle demain.
Je vous embrasse tous très fort.

Samedi 3, grosse journée de fin de préparatifs. Très touchée par tous les témoignages d'amitié que j'ai reçu par mail et téléphone. Merci à tous, cela m'a énormément émue.
Couchée le 4 mai 1h30 du matin...et debout 2 heures après. Tout est prêt dans la maison. Le Nesquick, les chocos BN, les "pom'potes", le nutela, tout est dans les placards en attendant le retour. Départ voiture à 4 heures 30 avec David, l'ami toujours présent pendant cette dernière année de procédure. Bali a dormi contre moi toute la nuit et Fidji veut me suivre quand je me prépare à partir. Elle fait sa petite mine, elle a compris...
Départ de San Sébastien à 7h30. La panique des derniers jours a cédé la place à une espèce de sérénité. Je suis prête. Les dés sont lancés, autant jouer...Soit dit en passant, je me dis qu'il faut une belle paire de C......s pour partir seule la-bas aussi longtemps...
Arrivée Madrid, super aéroport immense. Je commence l'attente dans un bar ... 8 heures d'attente...non, promis, je n'ai pas picolé de la San Miguel pendant 8 heures...quoique...la maman raisonnable ce n'est que dans quelques jours... Super touchée des coups de téléphone des collègues pendant mon transit, c'est amitié me touche.
Suis super fière. Depuis Madrid, je n'ai trouvé personne qui ne pipe un mot de Français. Et bien vous savez quoi? Mon espagnol bredouillant avec un "soupçon" d'accent des Hautes Pyrénées...l'accent de Tarbes est très léger...et bien on me comprend...y'a pas à dire j'en suis la première étonnée...Du coup, j'ai osé me lancer dans une conversation avec le mignon petit XY assis à côté de moi pendant le voyage. Conversation est vite dit, disons que j'ai compris tout ce qu'il m'a dit mais qu'au niveau réponse, le pauvre, il a dû se contenter d'hochements de tête et de sourires à n'en plus finir. Plutôt mignon le jeune homme, disons 4 sur l'échelle de Richter...
Bref, vol pour Bogota puis Bucaramanga. Que des locaux à l'intérieur. Que les Colombiennes sont belles. J'use la photo de ma fille à force de la regarder mais je n'avais jamais imaginé à quoi elle ressemblerai plus âgée. Est-ce que la différence physique s'accentue avec l'âge? Les femmes Colombiennes sont magnifiques ma petite fille, et les femmes plus mûres ont une telle classe.
Arrivée à Bucaramanga à 23 heures, heure locale (rajouter 7 heures pour l'heure française). Un taxi, Pablo, m'attend. Il ne parle que l'espagnol. Nous nous débrouillons. De part et d'autre de la route, de l'aéroport à la ville, ce n'est que terre battue avec enseignes lumineuses à la Betty Boop et musique salsa à fond. Pas mal de pick-up, muchos hombres con cervezas... L'amérique latine d'aujourd'hui avec une superbe bande son comme dans les films. L'ambiance est caliente, c'est super. Dans la ville, nous passons dans des vieux quartiers: ruelles étroites pavées, maisons blanches aux volets colorés et jalousies en fer forgé.
Arrivée à l'hotel Campestre, hotel situé dans un golf. Je vous raconterai demain. Un bon dodo pour l'instant car cela fait 26 heures de périple.